Pour sa 10e édition, VivaTech a battu son record de fréquentation avec 200 000 visiteurs à Paris Expo Porte de Versailles pendant 4 jours. Sans grande surprise L’IA était (encore) sur toutes les bouches, mais cette fois certaines vérités et visions des gourous de la Tech méritent toute notre attention.
Si lors des éditions précédentes l’IA n’était encore qu’une promesse, VivaTech 2026 change la donne et marque le passage au concret. Fini le temps de l’intelligence artificielle comme simple concept tendance révolutionnaire. Cette année, les discours étaient sans filtre et bousculaient un peu les codes.De Netflix à OpenAI, à Cohere en passant par Alibaba voici les cinq déclarations marquantes.
- L’IA rend tout le monde plus créatif et toutes les créations identiques!
Morgan Pomish, SVP et Head of Innovation Strategy chez Digitas, a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : en voulant produire plus vite et en plus grande quantité, l’IA finit par standardiser la création au lieu de la libérer. Elle valide son argument avec une étude et des données à l’appuie, et en effet les chiffres le confirment.
“Nous avons créé une machine [l’IA générative, ndlr] censée être bien plus performante pour tout produire. Mais en faisant ça, nous avons créé une machine qui, de plus en plus, produit des choses identiques.”
Son idée centrale tient en une phrase : “La rapidité est l’ennemie des idées originales. “ Les équipes qui utilisent l’IA produisent plus, certes. Mais leurs visuels, leurs textes, leur façon de raconter les choses commencent à se ressembler. Plus on utilise les mêmes outils de la même façon, plus on arrive aux mêmes résultats.
Elle pose alors une question simple aux marques : est-ce qu’on utilise l’IA au service d’une meilleure idée, ou à la place d’une idée
Ce n’est pas un discours contre l’IA. C’est plutôt un rappel que l’effort humain, le parti pris créatif et ce qui rend une marque unique c’est précisément ce que l’IA ne peut pas faire à sa place. Et que c’est là, aujourd’hui, que se joue la vraie différence à l’ère de la génération automatique. Car oui la créativité, ça reste un travail humain.
- Il manque un nouveau champion en deuxième position dans la course à l’IA!
Aidan Gomez, PDG de Cohere , l’entreprise canadienne qui développe des grands modèles de langage (LLM) pour les secteurs réglementés, a tenu un discours qu’il dit avoir déjà porté au G7, lors d’un déjeuner en marge du sommet d’Évian, aux côtés d’autres dirigeants engagés dans la course à l’intelligence artificielle comme Sam Altman(OpenAI), Dario Amodei(Anthropic), et Arthur Mensch(Mistral AI).
“Les États-Unis mènent la course à l’IA, c’est un fait. Ce que j’ai dit lors de la réunion, au G7, c’est qu’il faut s’assurer qu’une démocratie occupe la deuxième place. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Les pays membres du G7 comprennent qu’on doit faire émerger davantage de champions. On a besoin d’une offre diversifiée de fournisseurs d’IA.”
Son constat est clair, les États-Unis occupent la première place dans la course à l’IA! Ce qui est moins acquis, c’est la deuxième. Et aujourd’hui, aucune démocratie n’occupe cette place. Si les pays membres du G7 ne coordonnent pas leurs efforts pour faire émerger de nouveaux champions technologiques, ce vide sera occupé par quelqu’un d’autre.
Beaucoup de monde pense la même chose, c’est même une tendance de fond qui traverse VivaTech 2026 : la souveraineté technologique est redevenue une question géopolitique de premier plan. Pour Aidan Gomez, la réponse passe par la mutualisation des ressources entre alliés, et par la création d’une offre diversifiée de fournisseurs qui ne se réduise pas à deux ou trois acteurs américains.
- Alibaba plaide pour l’open source comme bouclier contre la dépendance américaine!
Joe Tsai, président et cofondateur d’Alibaba, a ouvert son intervention avec une phrase qui surprend : « Faire confiance à la Chine ? Vous ne pouvez pas. »
Il ne cherchait pas à se défendre. Il cherchait à pointer un autre problème. Aujourd’hui, la plupart des entreprises européennes dépendent à 100 % de fournisseurs américains pour leurs outils d’IA. C’est un risque en soi, pas parce que les États-Unis sont mauvais, mais parce que mettre tous ses œufs dans le même panier, quel qu’il soit, c’est dangereux.
Il s’est aussi positionné sur la question de la souveraineté en défendant Qwen, la gamme de modèles open source développée par Alibaba. Le réel avantage et
qu’un modèle open source peut être installé directement dans les serveurs d’une entreprise, sans que les données partent ailleurs. Et Joe Tsai soulève un point important “ Aujourd’hui, le mouvement open source est en fait tiré par les entreprises chinoises. Tous les acteurs américains ont fermé leurs modèles. Ils veulent que vous utilisiez leurs modèles via une API, et vous n’avez aucune idée d’où vont vos données », a-t-il fait valoir.
Ce discours a évidemment ses limites, un modèle fabriqué en Chine soulève aussi des questions. Mais il met le doigt sur une réalité: l’Europe n’a pas encore sa propre option, et elle va devoir choisir entre subir cette dépendance ou construire une alternative.
- “Le vibe coding” ne requiert pas d’être développeur, juste de savoir dialoguer!
Peter Steinberger, créateur d’OpenClaw et désormais ingénieur chez OpenAI, a parlé du « vibe coding » : cette façon de créer des logiciels en discutant avec une IA, sans savoir coder.
Son message : pas besoin d’être développeur pour utiliser ces outils. Ce qui compte, c’est de savoir formuler, expliquer ce qu’on veut, tester, corriger, recommencer. L’IA ne se fatigue pas, ne s’impatiente pas, on peut lui poser la même question dix fois sans problème.
“Vous ne pouvez pas vous contenter de faire émerger les choses par de simples prompts, même si vous ne savez pas exactement comment tout fonctionne dans le détail. L’agent est infiniment patient, et vous pouvez lui demander tout ce dont vous avez besoin.”
Il prévoit une conséquence un peu inattendue : on va voir apparaître beaucoup de « logiciels jetables », créés pour un besoin précis, utilisés quelques semaines, puis abandonnés : des outils sur mesure, à usage unique.
Ce n’est pas la fin mort des vrais logiciels professionnels pour autant. Les Saas demandent de la maintenance, des mises à jour, une équipe. Mais on assiste à la création d’un nouvel espace entre le no-code grand public et le développement professionnel.
Pour quelqu’un qui ne code pas, c’est peut-être le moment de se demander si certaines tâches qu’on sous-traitait ne sont pas maintenant à portée de main.
- Netflix ne pose aucune ligne rouge sur l’IA et laisse les créateurs décider!
Elizabeth Stone, Chief Product & Technology Officer de Netflix, a répondu à une question directe de Steven Levy (Wired) sur l’existence d’une politique interne interdit l’usage l’IA dans les productions du catalogue ? Sa réponse est non. Et Netflix ne prévoit pas d’en créer une.
L’idée, c’est que Netflix fournit des outils, et que c’est aux créateurs de décider s’ils veulent les utiliser ou pas. Certains diront non, c’est leur choix. D’autres voudront tester, c’est aussi leur choix. Elizabeth Stone reconnaît même que certains projets n’existeraient pas sans l’IA, parce qu’ils seraient trop coûteux ou trop compliqués à réaliser autrement.
C’est une position qui tranche avec ce qu’on entend souvent à Hollywood, où l’IA est encore vue comme une menace. Chez Netflix, c’est un outil comme un autre, dont personne n’est forcé de se servir.
De plus, Elizabeth Stone a également annoncé, lors de la même conférence, un accord de distribution inédit avec TF1 : les cinq chaînes en direct et l’intégralité du catalogue TF1+ sont désormais accessibles dans l’application Netflix, sans supplément pour les abonnés. Une première mondiale pour une plateforme de streaming.
Si VivaTech 2026 n’a (évidemment) pas réglé le débat sur l’IA, il a quand même fait ressortir quelques idées fortes lors de cette édition.
-Qui contrôle les modèles, car dépendre d’un seul pays pour ses outils d’IA, c’est un risque!
-Produire plus vite ne veut pas dire produire mieux!
-Créer des logiciels n’est plus réservé aux développeurs!
Dans un an, l’IA ne sera plus le sujet de VivaTech elle sera partout, dans tout, comme le logiciel l’était il y a quinze ans. Ce qui comptera, c’est ce qu’on aura décidé d’en faire entre-temps.
